

"Tala, guitarra, compàs", Schell-Segura - Banerjee

De gauche à droite:
Daniel Schell, Sofia Yero, Sandip Banerjee, Meet Bleyen, Antonio Segura
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Sofia Yero, danse flamenco |
Urvasi Nrytia, danse indienne |

D.Schell, S.Banerjee, A.Segura
Sofia Yero, danse flamenco
Urvasi Nritya, danse Bharat Natyam
Antonio Segura, guitare flamenco
Daniel Schell: tape-guitare
Sandip Banerjee, tabla.
Tala signifie rythme en musique Indienne, alors que compàs signifie rythme dans le flamenco. Le projet réunit des musiciens qui s'intéressent aux nouvelles formes de la guitare, en particulier la tape, tout en s'inspirant du flamenco et de la guitare espagnole en général. L'un des guitaristes utilise la tape, une manière innovatrice de jouer en tapant du bout des doigts sur les cordes. Cette manière de jouer est quelque part analogue à la technique du tabla. C'est la raison pour laquelle le groupe s'est adjoint un grand percussionniste indien.
Sofia Yero, est danseuse de Flamenco et enseignante, elle possède une grande connaissance des rythmes
Urvasi Nritya, est danseuse de Bharat Natyam, connue en Inde comme en Europe pour ses participations dans des projets fusion
Antonio Segura, joue la guitare classique espagnole et apporte la grande tradition du flamenco.
Daniel Schell est compositeur et joue une tape-guitare a douze cordes. Après avoir adapté les techniques de la musique Indienne, il s'intéresse également à celles de la guitare flamenco.
Sandip Banerjee est un grand joueur de tabla de Calcutta. C'est un intreprête classique en même temps qu'un innovateur en musique de fusion.
Ces musiciens se sont déjà rencontrés et ont produit une musique vivante et joyeuse, riche d'innovations rythmiques. Lors de ses tournée 'Tala Compas' invite des musiciens comme le guitariste espagnol Jesus Aunion, ou la danseuse de flamenco Sofia Yero.
La musique
On suppose que le flamenco a hérité de la musique gitane, et on suppose également que la population gitane qui s'est établie en Espagne, est d'origine une population du Rajasthan en Inde du Nord. Est-ce que tout cela est bien vérifiable d'un point de vue strictement musicologique? En tout cas, si l'on voit une danseuse rajastani dans un restaurant de Delhi, puis une danseuse de flamenco en Andalousie, on est vraiment surpris de l'analogie qui semble résulter des deux danses.
Le flamenco et la musique Indienne ont techniquement de nombreux points communs. Tous deux exigent une virtuosité rythmique assez exceptionnelle de la part des exécutants. Cela se voit de part et d'autres quand les musiciens accompagnent la danse par exemple, et qu'ils exécutent ces accents remarquables ou encore ces arrêts spectaculaires qui fascinent le public et intriguent les musicologues.
En investiguant de manière plus précise on s'aperçoit que, bien entendu, les deux musiques sont modales. Mais là où la musique du flamenco emploie principalement - du moins en apparence - le mode phrygien et ses dérivés, la musique indienne, elle, en utilise des dizaines, fort éloignés les uns des autres. Bien entendu, il existe un mode indien, bhairavi qui utilise les mêmes notes que le mode phrygien du flamenco, cependant l'usage qu'en font les deux traditions est fort différent. Lors du spectacle nous ferons pourtant des rapprochements.
Il y a aussi des genres, présents dans les deux musiques. Ici la buleria, genre joyeux et technique, là le kyal dans sa forme rapide drut par exemple. Un élément central de différence est la présence d'accords dans la musique flamenco. Les introductions sont modales, mais ensuite on utilise de jolies suites d'accords qui témoignent de l'influence occidentale. Cela n'existe pas en musique classique indienne.
Les deux musiques sont improvisées. Mais, selon des règles traditionnelles tellement strictes et longues à apprendre, que l'on ne sait où commence et finit l'improvisation. En tout cas, on ne lit pas. Les compositions sont apprises par coeur, dès l'enfance, comme dans toutes les musiques traditionnelles d'ailleurs.
Un autre point de ressemblance est que le flamenco utilise des cycles rythmiques -compàs- comme la musique Indienne -tala- . Encore une fois, le premier utilise surtout un cycle douze temps. La musique indienne, en utilise bien plus. Cependant on retrouve également en Inde le cycle ektal, à douze temps.
Lors d'une répétition , il m'est venu à l'esprit, de demander à Antonio d'improviser sur son compas en 12 temps, tandis que Sandip l'accompagnait en ektal. De façon surprenante, cela marchait et cela fournissait un résultat remarquable. La différence c'était les accents. Antonio utilisait les siens, et Sandip d'autres.
Il y a dans le flamenco un usage plus pointu de l'accent. En particulier, l'accentuation fameuse des temps 3, 6, 8, 10 et 12 de la buleria et de l'allegriya, par exemple. Le musicien de flamenco semblerait donc accentuer les derniers temps des divisions. Le cycle indien lui aura en principe plutôt tendance à accentuer le premier temps de chaque division. Là, il y a bel et bien une différence et Sandip a dû s'y habituer. C'est d'ailleurs, et depuis longtemps, un fameux sujet de discussion: De nombreux transcripteurs et musicologues ont proposé de noter la musique en prenant comme temps 1 de départ de la notation, le temps 12 du compas. Mais les joueurs traditionnels insistent, ce n'est pas ainsi qu'ils le jouent...
Dans le processus de concertation, Antonio a amené des trads de chez lui, comme la buleria, le tangerillo. Par ailleurs Sandip et moi apportons des trads indiens comme du japtal à 10 temps et quelques mélodies.
L'aspect guitaristique
Dans le jeu de la tape-guitare, ce qui a prédominé au début, c'était la possibilité d'exécuter des mélodies séparées aux deux mains. Puisqu'on tapait du bout des doigts, sans pincer les cordes, on pouvait jouer en indépendance. Une main sur chaque région. Je joue en effet sur une tape-guitare à deux régions, deux fois six cordes mais situées sur un seul manche. Chacune des régions est accordée en quartes. Et l'une des régions est simplement une octave en dessous de l'autre. Les premiers tapeurs, dont je fais partie, se sont lancés à corps perdu dans cette direction, qui était finalement l'école de claviéristes ouverte aux guitaristes. En avant les inventions à deux voies de Bach. Mais avec quelle peine! Au cours du temps, je me suis aperçu, et l'influence de Jesus Aunion a été prédominante, que le côté 'guitare' devait être préservé et même développé.
La tape-guitare est un instrument notoirement difficile. Du temps de son inventeur Emmett Chapman, fin des années 70, on disait 'a case of six months in the woods' (Retirez-vous six mois dans la forêt.).
De plus, c'est un instrument relativement peu expressif. C'est ce qui m'avait amené à étudier et pratiquer la musique Indienne.
Jesus quant à lui a bien subi l'influence des tapeurs, mais il a conservé sa guitare électrique à 6 cordes. Et il a développé un style personnel très intéressant. Bien entendu, il tape des deux mains en indépendance sur son manche, comme l'a fait Stanley Jordan avant lui par exemple. Mais il mêle ce jeu de tape, avec des effets 'espagnols' de cordes à vide, de frappes, de rasgueados... Bref la guitare sonne pleinement.
Suite à cela, j'ai travaillé un jeu d'arpèges et de répétitions de notes sur les deux régions, de manière à sonner 'ouvert'.
De son côté, Antonio est un virtuose remarquable et tout à fait traditionnel. Je crois que notre rencontre ouvrira des perspectives intéressantes.
Comment nous nous sommes rencontrés.
En organisant les Séminaires Européens de tape-guitare à Neufchâteau, tous les étés, j'ai eu l'occasion de rencontrer de nombreux tapeurs talentueux. C'était l'occasion de jouer mais aussi de présenter nos nouveaux instruments, toujours en perpétuelle recherche et renouvellement technologique. Mais un soir, lors de la 'Nuit de la tape-guitare' traditionnellement organisée au Travers, un guitariste- oui un guitariste avec une toute simple guitare électrique bien normale - est monté sur scène et s'est mis à jouer. Une minute après c'était gagné. Tout le monde était conquis, par sa technique, sa musicalité, son son plein et agréable. Vous avez compris: j'avais rencontré Jesus Aunion. Par la suite, nous avons travaillé ensemble. J'ai adapté des compositions de Jesus - comme la merveilleuse 'Alicia' que nous jouerons - pour la tape-guitare à deux régions.
C'est à Neufchâteau également, que j'ai rencontré Antonio Segura. Quand il accompagnait la danseuse Sofia Yero, j'étais vraiment fasciné par sa (leur) virtuosité et justesse rythmique. Et bien entendu je comptais sur mes doigts, à la manière indienne, pour tenter de m'y retrouver dans les cycles.
Plus tard , j'ai approché Antonio et nous avons commencé à élaborer le présent projet.
Quand à Sandip, voilà bientôt 10 ans que nous nous connaissons. Nous sommes amis et jouons ensemble sous le nom de ... Schell-Banerjee! Nous avons écrit ensemble une méthode de tabla. Le tabla est un instrument à deux tambours, frappés des doigts. Vous comprendrez l'analogie qu'il y a avec mon instrument! C'est en travaillant avec Sandip que j'ai pu développer toute une série d'intéressantes techniques percussives pour la tape-guitare.

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