U Fudukazi Uzokumangaza

(How  the Tortoise Won Respect)


par Gcina Mhlophe (Afrique du sud)

Court texte en Zulu
U fudukazi
U zoku mangaza
U hamba kankane
Ulezi ekabanga
Uhlula amagili
Noma baningi
Banga mudelela



Conte en français (traduction par Daniel Schell)
On dit qu'il y a très longtemps, lorsque le monde était encore jeune et que la vie n'était pas comme maintenant, les animaux n'étaient pas de si bons chasseurs. Le lion était déjà le roi des animaux. En ces jours, tous le respectaient. Il était puissant et ne devait pas parler fort car sa parole était la loi et c'était ainsi.
Mais les animaux avaient un problème. Ils n'avaient pas leur endroit bien à eux où cultiver de quoi manger et, comme on l'a dit, leurs aptitudes à la chasse restaient bien faibles. C'est ainsi qu'ils étaient contraints de visiter les jardins des humains afin de chaparder les légumes qu'ils désiraient. Cela pouvait être dangereux, car s'ils étaient attrapés, ils pouvaient terminer dans le pot-au-feu. En fait cela arrivait si souvent que le Roi Lion ne put plus le supporter. Il leur annonça qu'il était temps qu'ils déménagent vers un lieu sans humains, où ils pourraient cultiver et conduire une existence respectable. 
"Elethu! Elethu! Nous sommes tous d'accord!" fut la réponse des animaux.
On envoya Cheetah pour voler de la nourriture aux humains, ce qu'il fit avec plaisir. Quant au bien connu Nogwaja le Lièvre, il fut trop heureux d'aller voler quelques graines pour le Roi.
Le départ fut fixé au lendemain matin. Les animaux rapides montraient la voie.  Au milieu, on trouvait le Roi et d'autres grands animaux comme le Buffle, l'Eléphant, le Rhinoceros et la Girafe. A l'arrière se trouvaient les animaux lents comme le Caméléon et la Tortue. Le soleil tapait et la journée était longue. ' Est-ce que nous y sommes?' Demandèrent ces derniers. Enfin  Cheetah cria, de sa voix haut perchée: "O Roi, nous avons trouvé l'endroit. Cela a l'air fertile et il y a un lac dont on peut boire l'eau! '
"Mais il y a-t-il des êtres humains en vue? questionna le Roi Lion.
"Pas un seul" rétorqua Cheetah.
Ainsi les animaux avaient trouvé une maison! Ils travaillèrent dur dans les jours et semaines qui suivirent, labourant le sol et semant. La pluie vint bien vite, et voilà que les jardins fournissaient carottes, citrouilles, choux, patates douces et bien d'autres. Le Roi Lion et ses sujets étaient fiers d'eux-mêmes. Ils passèrent des instants délicieux à savourer la nourriture, se désaltérer au lac, enfin admirer les splendides couchers de soleil, et cela sans un seul humain pour les chasser ou les tuer.
Un jour le Zèbre et son amie l'Autruche s'en allèrent au potager. Mais en arrivant là, ils s'aperçurent que tout était dévasté. Plus un brin d'herbe ni une feuille de chou.
Même le lac était vide! Quelqu'un était venu au milieu de la nuit et avait tout nettoyé. Ils en étaient même à se demander s'ils ne s'étaient pas trompés d'endroit... Quand soudain une ombre descendit, plongeant tout dans l'obscurité. Lorsque Zèbre et Autruche levèrent la tête, ils virent un animal grand comme dix éléphants empilés, brunâtres et puants,  yeux verts et gluants avec une gueule béante plantée de dents grises et acérées.
Zèbre, qui tentait de  cacher sa terreur, demanda bravement qui il était et ce qu'il voulait.
"Je suis GONGQONGQO!!!" aboya le monstre, "Celui qui avale les buffles vivants, cornes comprises. Qui es-tu petit zèbre pour me poser une question aussi stupide?"
Horrifiés, Zèbre et Autruche se hâtèrent d'aller porter la nouvelle aux autres. Effroi général. Seul le Roi Lion  annonça calmement qu'il allait palabrer avec le Gongqongqo.
Gonflant les muscles et sa belle crinière, il se dirigea donc vers le potager. Mais quand il vit le monstre il comprit qu'il n'avait pas une chance de gagner. Il décida de rugir autant qu'il le pouvait : "Qui crois-tu être pour venir dans mon royaume, voler le bien de mes sujets? Vas-t'en et ne reviens jamais!"
Gongqongqo ouvrit sa bouche affreuse:,
"Je suis CONGQONGQO! Celui qui avale les buffles vivants, avec leurs cornes. Et toi petit chat, tu seras ma friandise!"
Le Roi Lion ne put que s'encourir, la queue entre les jambes, annoncer à ses sujets qu'il allait falloir trouver un autre endroit où s'installer.
"Elethu! Nous sommes tous d'accord!" fut la réponse, avec, bien entendu, le Buffle en premier rang.  Mais la Tortue avait une autre idée. Elle déclara qu'elle allait parler au monstre. Rigolade générale. 'Taisez-vous et écoutez  Tortue" rugit le Lion.
"Si je pouvais trouver une hache très aiguisée, mais si petite que je puisse la cacher sous ma carapace, je vous promets de vous débarrasser de ce Gongqongquo avant la fin du jour!" dit la vieille Tortue. Lion lui prépara la hache.
Tortue s'en alla donc lentement (comme toutes les tortues) vers Gongqongqo.
Enfin la voilà au pied du monstre immense. Elle crie bravement:
"Heyi wena, tu te prends pour qui, toi? Tu t'imagines que tu nous fait peur? Non, mais des fois... Et puis tu t'es déjà vu? Tu es moche et tu pues. Allez, décampe. Hamba!"
Le monstre ne pouvait en croire ses oreilles.
" Je suis CONGQONGQO je te dis, et je n'ai pas la moindre intention de bouger. En revanche, je m'en vais te déguster du dessous de la langue et oublier tout de toi!".
"Alors vas-y" lui enjoignit la brave Tortue. Et voilà que sort la longue langue du monstre, comme couverte de moutarde baveuse et "Lwabi!" Tortue disparaît dans la bouche grotte!
Rapide comme l'éclair, Tortue sort la hache et se met à tailler furieusement la langue du monstre. Chop, Chop, Chop!
Le monstre grogne, se croit atteint de migraine. Qu'est ce que cette punaise de Tortue est en train de fabriquer? Il secoue la tête. Tortue continue. Bientôt la langue est coupée et Tortue l'engage en travers de la gorge. Le monstre halète férocement, jetant la terreur à toute la campagne. Finalement, il tombe mort.

Tortue, souriante, sort du trou qu'elle a ouvert par le côté du cou. Elle brandit la hachette : " Ca y est, j'ai tué Congqongqo!"
Tous les animaux viennent féliciter Tortue: "Halala! Usebenzile Fudukazi, bravo sage Tortue !! Tu mérites notre respect " Buffle porte Tortue sur son dos. Lion précède le cortège. Sérieux, mais le sourire en coin, il déclare :
" Merci Fudukazi, nous sommes fiers de toi. A partir d'aujourd'hui je te déclare animal le plus respectable de mon royaume! ... eeuuhhh, après moi, bien entendu!"
Cosi cosi iyaphela. Ici j'arrête mon histoire.

(Tous droits réservés Gcina Mlophe/ Daniel Schell)

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